Le jeu des chartes a fait long feu. Après l'enthousiasme des premières réunions, un essoufflement très perceptible se fait sentir au sein du collectif marseillais. J'ai tendance à associer cette panne (passagère, j'en suis convaincue) à la place qu'a pris "l'organisation" et avec elle ceux, dont je fais partie, qui organisent. Attention, je ne dis pas que l'organisation est en soi à proscrire. J'ai le sentiment que la volonté d'organiser l'émergence de projets installe progressivement le collectif dans une logique de consommation. Si on ajoute à ça le fait qu'une poignée de personnes se trouve systématiquement en position d'organiser pour les autres (et encore une fois nul procès d'intention, le constat que certainEs pour des raisons diverses sont plus prompts à prendre les choses en main que d'autres), on aboutit à un collectif qui peine à traduire la dynamique initiale en ébauches de projets concrets.
Mais que faire, me répond un autre membre du collectif à qui je fais part de mes doutes. Si on ne propose rien, rien ne se fera. Je n'en suis pas si sûre, je me dis que laisser la place, s'abstenir d'organiser permettrait peut-être que d'autres trouvent là l'espace pour s'impliquer. Dans le cas contraire ce serait le signe que la dynamique n'allait pas au-delà de la simple curiosité pour un phénomène dans l'air du temps.
Notre initiative de lancer en marge du collectif un groupe de travail n'est pas très bien vécue. Une désertion, un abandon de poste, le retour de ce souverain égoïsme dont crève la société française. Sous les appels à ne pas laisser tomber le collectif se profilent des tensions assez aiguës sur la meilleure façon de l'animer sans lui imposer une direction. Je suis un peu larguée et commence à me poser des questions sur les motivations des uns et des autres (comme je l'imagine d'autres peuvent interroger mes motivations).