Depuis quelque temps, le collectif marseillais est traversé par une polémique autour de la méthode à adopter pour favoriser l'émergence de projets. Pas moins d'une centaine de personnes suit les réunions, s'est inscrite sur le site internet collaboratif... et pourtant aucun groupe ne se dessine. Certains y voient les effets néfastes d'un excès d'organisation bureaucratique (commissions, plénières...) quand d'autres au contraire plaident pour plus d'organisation, le tout sur fond de soupçon de volonté de prise de pouvoir des uns ou des autres. Se pose de façon parfois très personnelle la question du "leadership" : faut-il ou non un pilote dans l'avion et si oui comment devrait-il piloter pour ne pas simplement imposer son itinéraire à tous ceux qui sont dans l'avion (sans forcément d'ailleurs avoir une idée de destination ou même l'envie d'arriver où que ce soit).
Je me retrouve, très indirectement, car je n'étais pas des pionniers qui ont organisé la toute première réunion, prise entre deux feux. J'ai joué le jeu de l'organisation jusqu'à concevoir des doutes sur son efficacité (constatant que les diverses propositions ne suffisaient pas à susciter la formation de groupes, voire créaient au sein du collectif l'effet inverse : les groupes en voie de formation s'instalant dans une attitude trè scritique vis à vis du collectif et préférant s'en désolidariser) et à me mettre en retrait pour ne pas m'installer dans un rôle de GO. J'ai argué de la confiance que je portais à l'auto-organisation et aux vertus de l'exemple : si de premiers groupes se formaient autour de quelques points communs suite au jeu des chartes et rendaient publics leurs travaux peut être cela suciterait-il la formation d'autres groupes et ces groupes réfléchissant à partir d'une base commune pourraient peut-être à leur tour donner naissance à un ou des groupes projets . Tout ça a fini par prendre un tour très personnel avec accusations mutuelles de dérives politicardes, ce qui je crois doit être assez fréquent à l'intérieur de n'importe quel groupe où les positions des uns et des autres ne sont pas clairement assumées.
Ce sont Bruno Thouvenin et Mathieu Tavan, invités par l'organisateur officieux du collectif (où l'organisation n'a pas que des effets pervers) à intervenir sur la constitution des groupes projets, qui apporteront de précieux éléments de réponse : il faut un ou des pilotes à tout groupe, ce qui ne signifie pas pour autant une hiérarchie, tant que les positions sont clairement définies et assumées pour ce qu'elles sont, des rôles qui n'appartiennent en propre à personne mais que ceux qui le souhaitent (et s'en sentent la compétence ou l'envie) peuvent assumer, et il est vain de chercher à organiser quand il n'existe pas de demande explicite d'organisation (il peut y avoir un besoin réel sans qu'il y est demande, et s'il n'y a pas demande, il y a de fortes chances pour que les propositions soient vécues comme imposées et donc rejetées).
Pour en revenir au collectif marseillais, pour l'heure c'est le status quo, chacun panse dans son coin ses blessures d'amour propre et s'attache à faire avancer ses projets ... les rendez-vous réguliers sont maintenus sans autre finalité que d'offrir des espaces et temps de rencontre, en attendant que la demande s'exprime, si elle s'exprime un jour.
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