Ce qui est au départ un principe vertueux et rationnel au regard de l'état du monde, de récupération mercantile en captation politicienne, commence à me taper très sérieusement sur les nerfs. Pas un industriel, de Total, à Véolia, pas un voyagiste, pas une enseigne de grande distribution, pas un politique qui n'y aille aujourd'hui de son couplet sur le développement durable. Au point que c'est devenu le nouvel horizon politique dont chacun ânonne les préceptes comme autant de lois d'une nouvelle religion. Et il suffit aujourd'hui de prononcer cette formule, magique, développement durable, pour que n'importe quel projet se pare de toutes les vertus. Une anecdote qui me fascine. Notre groupe habitat urbain coopératif s'est fendu d'une description de son projet où figure le paragraphe suivant :
"Nous souhaitons créer ce lieu en ville, dans Marseille. Il ne s’agit pas d’un choix de simple commodité (existence de réseaux de transports en commun, distances réduites facilitant le recours à des transports doux, offre culturelle, services publics...) mais d’un parti pris : nous ne voulons pas contribuer à l’étalement urbain et plus généralement, faisant le choix de la ville, nous pensons notre habitat dans un rapport organique à son environnement, au tissu architectural, social, économique et culturel.
Ainsi se dégage de nos échanges que nous souhaiterions :
- réhabiliter plutôt que construire,
- recycler les matériaux et espaces plutôt que consommer,
- intégrer le paysage urbain plutôt qu’en faire table rase,
- adapter au climat plutôt que s’en protéger,
- trouver des moyens adaptés aux besoins des habitants et à la typologie du bâti afin de limiter les consommations énergétiques, notamment en mutualisant certains équipements.
- bâtir, créer, travailler, échanger à partir de ce qui existe, avec ceux qui, comme nous, vivent là."
A nos yeux, notre approche est complètement "développement durable"( et en ça nous n'échappons pas à l'air du temps). Oui, mais ne figurent aucun des mots clés qui aujourd'hui déchaînent l'enthousiasme des élus et nous n'abordons pas de façon explicite la question tellement actuelle des matériaux de construction "verts" (sans pour autant, entendons nous, échapper complètement à un discours canonique en matière d'urbanisme : la ville sur la ville...) . Et nous nous sommes donc vus poser cette question imparable : et l'écologie dans tout ça? Et DéDé? Je suis restée sans voix, laissant à un autre membre du groupe le soin de préciser que le paragraphe ci-dessus exprimait précisément notre position, à ce stade du projet, sur la question et que non, nous n'avions pas encore choisi la couleur - verte - des tapisseries ou fait le choix ferme et définitif de telle ou telle technique d'(éco)construction, de tels ou tels matériaux.
Je suis sidérée par l'importance que prend la question technique au détriment d'une réflexion de fond sur le rapport que nous entretenons avec notre "environnement" (le choix même de ce vocable, environnement, pour décrire un écosystème dont nous faisons partie intégrante, étant d'ailleurs assez révélateur de la portée de notre réflexion sur l'écologie). J'ai fait l'achat récemment d'un paquet de revues sur la maison. Je voulais me faire une idée (voir google maison) au travers du traitement que lui réservent les magazines de ce que signifie aujourd'hui "maison". Dans le paquet, un numéro spécial "habitat durable", qui forcément avait retenu mon attention chez le marchand de journaux. Rien dans le magazine en question ne précisait ce qu'est l'habitat durable (c'est évident pour tout le monde semble t'il), mais en revanche les pages étaient saturées d'un inventaire de matériaux tous plus Dédé les uns que les autres, tous plus efficients énergétiquement parlant les uns que les autres, tous rivalisant d'inventivité technique (sanctionnée par les brevets idoines, évidemment) et de génie industriel (mais Dédé attention). Au point que le magazine refermé le sentiment qui prévalut, fut, sans surprise celui de ma profonde incompétence (sans parler de mon impécuniosité). Merveilles du progrès qui sait vider de sa substance un concept global (et globalement, je me répète, plutôt rationnel) pour en faire un produit. De plus.
Alors, l'écologie dans tout ça? Si elle doit se réduire au choix, dans les catalogues toujours plus épais, de matériaux dits "verts", sans moi.
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