Stephan Singer, qui a choisi de faire de l'accompagnement de projets d'habitat groupé en autopromotion son métier, m'a fait parvenir par mail sa contribution au débat sur la nécessité ou non pour un groupe d'habitants de se faire accompagner dans sa démarche, il n'a pas pu la poster en commentaire (de la note du 17 août) en raison de sa longueur... Je la reprends dans cette note et l'intégrerai à cohabitat.fr (sous la forme d'une synthèse, ici).
Le débat se poursuit sur cohabitat.frJe suis l'un de ces nouveaux experts dont parle Annabel, que je salue par ailleurs chaleureusement. Je prétends apporter des solutions pour des personnes dans son cas, ceux qui cherchent à habiter autrement, de donner un nouveau sens au lieu de leur logement. Et enfin je suis doublement prétentieux, car aucune légitimité me conforte dans ma proposition, ni réalisations, ni nominations, ni même une reconnaissance pour l'initiative de vouloir conseiller (voir l'article) a part de quelques résultats concrets dans notre région et une pratique courante à l’étranger. Alors je patauge comme tout le monde et je prend mon clavier pour réfléchir à voix haute.
Annabel pose donc la question de l'autonomie. Je pense comme elle, qu’il est temps de récupérer un petit coin de la boîte noire qui nous entoure et qui nous fournit services et biens en échange de paiement plus ou moins comptant. Elle produit parmi d’autres des logements qui offre un abri contre la pluie mais pas contre la misère humaine, la solitude ou la violence entre voisins. Ces logements coûtent une fortune, sont souvent de mauvaise qualité et nous obligent à trimmer comme des malades pendant 20 ou 30 ans (les actionnaires des banques s'en réjouissent, nous travaillons à leur place). Donc reprenons en main nos besoins en matière de logement et saisissons l'opportunité pour en faire un habitat rempli avec de la vie et du sens.
Jusqu'à là je suis "autonomiste" 100% radical. Maintenant, comment faire. L'intention seule ne suffit pas et l'autonomie ne s'achète pas, elle s'acquiert. Donc au boulot, les réunions, les débats, les échanges, et petit à petit nous gagnons du terrain. Un sentiment collectif naît, une organisation émerge, nous écrivons une nouvelle histoire.
À partir de ce moment-là, je vois deux alternatives.
L’une cherche à renouveler sans cesse l’ivresse de la découverte, de l’écriture et la profondeur des sentiments individuels et collectifs. Ce mouvement sera forcément méfiant voire hostile à toute influence qui pourrait mettre un terme à cette dynamique. Mais où est la limite de la démarche, de la recherche de l’autonomie ? Par malheur, je n’en vois pas. Une fois une étape franchie, des nouvelles questions se posent. Des réponses suscitent de nouvelles interrogations. L’autonomie totale n’existe que dans la mort, la vie n’est que interdépendances. Voilà le grand danger qui guettes les aventuriers qui se lancent dans cette direction. Le risque de se perdre, est omniprésent, le risque de perdre ses compagnons de route l’est encore d’avantage.
L’autre voie consiste à interroger la démarche sur sa capacité d’aboutir à une concrétisation, à devenir réalité matérielle. Et nous allons découvrir les milles et unes contraintes de l’acte de construire dans notre Pays. Droit urbanistique, économie du bâtiment, obligations légales et, dans notre région marquée par la densité et la pression démographique, la politique. Cette montagne se dresse devant nous avec toute sa noirceur et hostilité pour l’aventurier solitaire. Se pose donc la question de faire appel à un guide, l’expert de chemins tortueux qui permettent de franchir l’obstacle.
Voilà l’idée que je me fais de ma proposition. Je crois connaître quelques pistes pour aider le groupe d’aller jusqu’au bout de son projet. Je précise que ce n’est pas moi qui définis le projet, je n’en assumerai pas les conséquences, ce n’est pas mon projet. C’est bien au collectif qu’il appartient de décider de la direction à prendre.
Quand vous montez dans un taxi, c’est vous qui annoncez la destination. Et vous pouvez même demander au chauffeur de passer par ici ou par là. Mais la destination reste la vôtre, et pas celle du chauffeur. En revanche, il vous aide à y arriver plus vite. Bien entendu, vous pouvez prendre le vélo, mais attention aux orages et aux portes des conducteurs peu prudents qui s’ouvrent. Sans parler des erreurs de direction, puisque vous ne connaissez pas le chemin, ou des clous versés sur la route par des gosses malveillants.
J’arrête la littérature, ça n’a jamais été mon fort. Mais j’espère que mon point de vue a été lisible. La démarche de l’Habitat Groupé consiste d’abord de récupérer la maîtrise de son besoin de logement afin de réaliser un habitat selon ses idées, être acteur au lieu de consommateur. Plus tôt ou plus tard, il devient incontournable de faire appel à des experts. Notaires, architectes, entreprises de construction… ces experts qui interviendront dans la phase de la réalisation, tout le monde les accepte. Les rapports entre eux et la Maîtrise d’Ouvrage sont clairs.
Voilà un modèle à appliquer aux relations entre un collectif d’habitat groupé et son conseil, accompagnateur, guide, appelez-le comme vous le voulez. Il est au service du projet défini par le groupe et sa sincérité ou son intégrité morale n’ont effectivement aucune importance. Seules ses compétences professionnelles spécifiques comptent ainsi que sa capacité à résoudre les problèmes qui se présentent. Sa mission consiste à faciliter la réalisation du projet du Maître d’Ouvrage. Ses conseils peuvent aider à optimiser les moyens et orientations, mais jamais il ne se substitue à celui qui a la maîtrise et la responsabilité finale du projet, c’est à dire, le groupe. C’est au conseiller de s’adapter à celui qui demande conseil, et c’est au conseillé de prendre la mesure de ses responsabilités ainsi que les décisions qui le rapprochent à son objectif.
Ceci étant dit, le risque de manipulation par l’accompagnateur subsiste, comme il existe dans les rapports avec architectes, entreprises, collectivités et autres intervenants extérieurs. Même certains membres des groupes ne résistent pas à la tentation et cherchent à manipuler d’autres membres. Ma fois, c’est comme ça. Il faut rester vigilant.
Cependant le refus du conseil adapté à ce type d’opération par principe d’autonomisation ou par volonté de se réapproprier la question du logement est un facteur de risque énorme (Annabel le confirme dans son texte) et n’a pas de sens. La question est celle de la Maîtrise et ses objectifs. En fonction des réponses, chacun adapte les procédures ou méthodes. Et le conseil professionnel peut faire parti de ces méthodes, ça ne fait aucun doute pour moi.
J’ai ajouté une brique à ma légitimité ? Peut-être, peut-être pas. On verra ensemble ce que ça va donner, nous sommes tous en train d’inventer.
Bien à vous
Stefan Singer
Je me permets d'apporter ma pierre au débat. Et tout d'abord, pour préciser mon point de vue : je suis architecte, en train de créer ma scop avec des amis, et j'espère un jour travailler avec un groupe d'habitant.
Il faut tout d'abord insister sur l'idée que le groupe d'habitants, dans son projet de construction aura le rôle du Maître d'Ouvrage. Le monde de la construction est complexe et très encadré juridiquement. Il me semble qu'un minimum de formation est nécessaire sur ce point : qui sont les intervenants lors des différentes phases de la construction, quelles sont leurs rôles et leurs responsabilités, et comment le Maître d'Ouvrage (le client donc le groupe d'habitants) se situe par rapport à tout ça.
Ceci est un premier point technique, plutôt de l'ordre du savoir. Il y a ensuite la question du retour d'expérience et du savoir-faire. Il n'est pas toujours nécessaire de réinventer la roue. Beaucoup de questions auxquelles seront confrontés les groupes seront identiques. Questions techniques, financières, de rapports humains. Et le simple fait de savoir comment d'autres les ont surmontées, de connaître les solutions qui existent (et j'insiste sur le pluriel : il y a toujours DES solutions et c'est là que l'autonomie du groupe intervient) permet de gagner beaucoup en temps et en énergie.
En ce sens, je pense qu'il faut sortir de l'opposition "groupe autonome/groupe accompagné par un professionnel". On peut imaginer tout un spectre qui pourrait comporter :
- l'autonomie totale du groupe,
- l'accompagnement associatif qui s'appuie sur les idées de coopération et d'autonomie. L'association Parasol est en train de mettre en place des expérimentations de parrainage et d'échange d'expérience entre groupes ayant déjà construit et groupes en formation,
- la formation ponctuelle à des questions techniques par des professionnels, soit organisée par des associations, soit demandée en direct,
- l'assistance à la Maîtrise d'Ouvrage (qui est une mission de conseil à laquelle ont recourt de plus en plus de collectivités territoriales),
- la Maîtrise d'Ouvrage déléguée (où le professionnel prend la responsabilité de la construction du bâtiment et s'engage sur ses propres deniers).
Mon avis est qu'il ne faut pas se replier sur une option pour des questions idéologiques. C'est là qu'il y a risque de perte d'autonomie des groupe d'habitants. Certains groupes voudront tout faire eux-même et se confronter de front au difficultés. D'autres préféreront se faire accompagner sur toute ou partie des différentes phases. Un des points qui m'enthousiasme dans l'habitat groupé est l'ouverture qu'il offre vis-à-vis de l'offre normalisée des promoteurs privés. Laissons donc le choix !
Rédigé par : Matthieu Beck | 22 octobre 2009 à 10:54
J'ai un probleme avec ce genre de discours, premierement très long, touffu.
Deuxiement, je constate un énorme questionnement sur la phase de construction du projet, soit.
Je suis plus qu'étonné que passée la phase de la construction, rien n'est précisé quant a la vie courante une fois les lieux investis! Il me semble la y avoir en gestation le risque d'un immense écueil ...
Rédigé par : Olivier | 02 novembre 2009 à 20:49